Sauvegarde de la Cathédrale de Lausanne
Chaque monument effectue son propre voyage, à ses risques et périls, immobile dans le temps et dans l'histoire, à travers les
multiples conceptions humaines.
Nous savons les lire au-delà des apparences, et souhaitons prolonger l'existence de ces précieux témoins.
Les élévations extérieures de la cathédrale Notre-Dame de Lausanne conservent des éléments architecturaux qui
remontent, pour certains, au premiers tiers du XIIIe siècle. Ces éléments, avec les autres interventions plus tardives, sont une source
irremplaçable de lecture de l'histoire matérielle, sociale et historique de l'édifice.
Les mesures de conservation détectent les facteurs dommageables dans l'environnement et en atténuent l'impact sur la matière
du monument, afin de ralentir le processus d'altération. Car il faut conserver, si possible inchangés, la structure, l'aspect, et le contenu
informatif des bâtiments historiques.
La restauration est une intervention directe qui vise à minimiser les dégâts. Les chartes internationales qui servent de base
aux Principes pour la conservation du patrimoine culturel bâti en Suisse, de la Commission fédérale des monuments historiques
(Zurich,2007), stipulent que la restauration constitue toujours une mesure d'exception. Ce type d'intervention - la restauration - disparaît
si le but poursuivi est celui de la conservation. Car la conservation implique des opérations d'entretien, non de réfection.
Les Principes pour la conservation du patrimoine bâti en Suisse énoncent que: "L'entretien régulier d'un bâtiment est
la mesure de conservation la plus adéquate."* Ce principe se retrouve dans toutes les chartes internationales auxquelles la Suisse a adhéré,
y compris celles citées par le Département des infrastructures (voir Annexes, Cadre légal, Principes déontologiques à la pétition -
document complet au format PDF). Il s'agit d'une évidence bien connue depuis des siècles.
Pour des raisons qui doivent être clarifiées, ces mesures de protection ne sont pas appliquées à la cathédrale Notre-Dame de
Lausanne. L'incurie des responsables a provoqué, et provoque encore, des dégâts irréparables dont les conséquences sont
facilement visibles sur l'ensemble du monument: les pierres se dégradent à une vitesse exponentielle, et leur état fait croire à
une détérioration irrémédiable.
Bien que les pertes de substance historique subies par l'édifice soient effectivement importantes, lesdites pertes de substance sont devenues le
prétexte, pour les responsables de la protection-conservation de la cathédrale pour poursuivre un cycle de démolition et de reconstruction.
Citations: "La cathédrale est en fait un monument en mouvement qui se prend et se quitte en marche. - La cathédrale n'est jamais tout à
historique, puisque jamais tout à fait terminée. - Cet effort est plus immédiat si la pierre est conservée et restaurée, alors
qu'il est différé si la pierre est remplacée par une pierre neuve."
Malgré les budgets importants alloués pour l'entretien, les raisons de la démolition de la cathédrale Notre-Dame de Lausanne
résident aussi dans un souci d'économie. La démolition et le remplacement des maçonneries historiques par de la pierre neuve sont
définis par les responsables comme "une intervention prudente", tandis que la conservation des maçonneries historiques est définie comme une
intervention "expérimentale".
Ces affirmations vont à l'encontre du savoir le plus élémentaire.
Les reconstructions à neuf, ainsi que pratiqué à Notre-Dame de Lausanne vont, de plus, à l'encontre du droit des êtres
humains d'hériter des témoins de leur passé spirituel, de la création artistique et de la vie sociale.**
"Les interventions sur le patrimoine culturel bâti doivent en assurer la pérennité [...] L'exigence de conservation de la substance
originale d'un objet, en tant que ressource importante et non renouvelable, doit être considéré comme prioritaire par rapport aux
exigences d'un développement durable envisagé sous l'angle économique ou écologique."***
Petit lexique: |
Conservation préventive |
Remédie aux causes de la détérioration. |
Conservation intégrée |
Résultat de l'action conjointe des techniques de restauration et de la recherche des fonctions appropriées. |
|
Conservation |
Renforce l'objet conservé |
|
Restauration |
Minimise les dégâts. |
Bases pour la restauration, Office fédéral de la culture, Berne, 1995, p.10: "La question "Comment conservons-nous?"
est encore plus importante car seuls les monuments historiques conservés dans "le respect total de leur authenticité" (Préambule de
la Charte de Venise) nous fournissent les éléments qui nous permettent de continuer à questionner l'histoire."
ICOMOS 90, Conserver - Restaurer, Quelques aspects de la protection du patrimoine architectural en Suisse, Lausanne, 1990, Bernhard Furrer,
"La vieille ville de Berne et la restauration de ses façades", p.22-26:
"Les principes [...] incitent à sauvegarder l'édifice autant que possible dans son état, à le protéger et à
le consolider. Uniquement dans les parties irrémédiablement endommagées sont effectués des compléments en mortier ou,
lors de lacunes majeures, en pierre de taille. Le but premier des nouvelles méthodes est en principe de ne "rien enlever" à la pierre,
mais de lui "redonner quelque chose" sur la base d'une connaissance précise. [...] La conservation de la substance et le maintien de la valeur due
à l'âge sont les buts centraux de toute intervention. [...] Les consolidations ont fait leurs preuves; on utilise avant tout des esters d'acide
silicique."
*Commission fédérale des Monuments historiques, "Principes pour la conservation du patrimoine culturel bâti en Suisse",ETH, Zurich,
2007, article 3.3., p.44
**Declaration of Icomos marking the 50th anniversary of the universal declaration of human rights: "The right to have the authentic testimony of cultural
heritage, respected as an expression of one's cultural identity within the human family."
***Commission fédérale des Monuments historiques, "Principes pour la conservation du patrimoine culturel bâti en Suisse",ETH, Zurich,
2007, article 3.1., p.43
L'État de Vaud est le propriétaire de la cathédrale Notre-Dame de Lausanne. C'est à lui qu'incombe le devoir de la conserver.
Il déclare se donner les moyens de protéger le monument selon les normes nationales et internationales, "[...] en collaboration avec de nombreux
spécialistes".*
Or, sur place, le constat est bien différent.
Les responsables de la conservation de la cathédrale connaissent les "Principes pour la conservation...": "Toute intervention de conservation doit être
la plus réversible possible". à l'évidence, la démolition ne l'est pas.
Dès lors, on pose les questions suivantes:
Qu'en est-il des crédits alloués à l'entretien?
Pourquoi choisit-on de démolir et de reconstruire à neuf, sachant que, de plus, ces opérations sont bien plus coûteuses que la conservation?
Quelles sont les raisons de l'aspect déplorable de la cathédrale?
Où sont les recherches et les rapports d'études:
qui ont justifié la démolition des arcs-boutants?
qui ont défini le bien-fondé de l'utilisation des nouveaux matériaux?
d'avant démolition?
Pourquoi les normes cantonales et fédérales en matière de conservation n'ont-elles pas été respectées, bien que le mauvais état de la pierre (calcaire, molasse) et des joints ait été souligné, déjà par le colloque international de 2001 relatif aux façades Nord et Sud et aux arcs-boutants?**
À l'avenir, les interventions sur la cathédrale doivent être différentes de celles pratiquées depuis une vingtaine d'années, dont les
photographies ci-dessus illustrent les conséquences.
La conservation restauration de la cathédrale doit se conformer au cadre légal et aux principes déontologiques cantonaux, ainsi qu'aux
"Principes pour la conservation du patrimoine culturel bâti en Suisse", édités par la Commission fédérale des
monuments historiques (Zurich, 2007).
En effet, ces principes sont basés sur les chartes et les conventions internationales auxquelles la Suisse a adhéré. Conformément à
ces chartes internationales, "le respect total de l'authenticité des parties du monument"doit désormais être observé pour la
conservation de la cathédrale Notre-Dame de Lausanne.
Dominique Blattner Pierre-Alain Mariaux Robert Netz Philippe Vuillemin
Avril 2008
*Voir annexes de la pétition, l'article du site Vaud.ch, "Une Cathédrale sous surveillance"
**Dr. phil. Dieter Kimpel, o. Prof. em. Université de Stuttgart, Institut für Architektur-geschichte, document de juin 2007:
"[...] En 2001, il y eut un colloque international à Lausanne au sujet des façades nord et sud de la nef et des arcs-boutants en particulier. Ingénieurs, architectes, archéologues et historiens de l'art y furent invités, ainsi que moi-même. Le système de contrebutement et surtout de l'évacuation des eaux avait été établi par Viollet-le-Duc et achevé par son successeur Assinaire, probablement en remplaçant un contrebutement médiéval d'origine. [...] Donc, pas de problèmes statiques.
"Les problèmes résidaient ailleurs: la pierre (calcaire et surtout la molasse) ainsi que le jointage étaient en mauvais état. Au colloque, on était d'accord qu'il fallait sauvegarder le système butant de Viollet-le-Duc en réparant les dégâts qu'il avait subi: "Il est donc vivement recommandé de ne pas modifier, ni dans leur forme, ni dans leur comportement, les arcs de Lausanne." (Compte rendu du colloque, p.9)."[...]
"En dépit de ces nombreuses recommandations d'une conservation douce", l'architecte a choisi le chemin de refaire à neuf, ce qui m'a pour plusieurs raisons très choqué:
"1. L'authenticité de l'édifice est gravement atteinte."
"2. Ce procédé est beaucoup plus cher qu'une conservation."
"3. Il est accompagné (p.e. au nord-ouest du massif occidental) par une négligence apparente des soins d'entretien régulier. De cette façon, ces parties seront bientôt dans un état de dégradation qui justifiera leur réfection."
"4. Cui bono? La réponse me semble claire: ce sont l'architecte et son équipe qui en profitent."
"Je me rends compte que c'est un grave reproche.[...]"