Sauvegarde de la Cathédrale de Lausanne




Cathédrale de Lausanne


La cathédrale de Lausanne est un monument très important du gothique suisse et européen, notamment grâce à la présence de la très célèbre porte peinte sur le flanc sud de l'édifice, l'un des rares ensembles de sculptures monumentales polychromées datant des premières années du XIIIe siècle qui nous soit parvenu dans un tel état. Construit pour l'essentiel en molasse, le bâtiment nécessite une surveillance et un entretien constants, en vue non seulement d'en assurer la pérennité comme édifice de culte et comme monument historique, mais aussi d'en garantir l'authenticité pour les générations futures. Pour celui qui se rend sur la colline de la Cité, la vue de la cathédrale procure depuis quelques années un sentiment d'étonnement, qui naît du contraste marqué entre une présence visuelle très forte de parties reconstruites (qui tranche singulièrement avec les parties anciennes de l'édifice, comme à la base de la tour-lanterne par ex.) et les marques évidentes d'un défaut dans l'entretien régulier de l'édifice (coulures d'eau sur le flanc nord, par ex.). Pourtant, la cathédrale de Lausanne apparaît comme un perpetuel chantier qui devrait apporter des soins à l'édifice là où les besoins se font sentir.

Justifier des actions présentes en se référant au passé peut avoir, selon les cas, des conséquences désastreuses. Il en est ainsi de la notion de "chantier permanent" appliquée au patrimoine bâti, dont on cherche à retrouver l'origine et la justification dans le passé le plus reculé de l'édifice, dès sa construction en somme. L'utilisation de cette expression crée l'illusion qu'un édifice se construit nécessairement dans la durée, mais une durée souhaitée la plus longue possible, perpétuelle en quelque sorte. Il va de soi qu'une telle conception fait volontiers l'économie de l'entretien du bâtiment, puisque celle-là consiste à construire, reconstruire, remplacer, selon un principe de travaux infinis. Le bâtiment devient de la sorte l'otage des acteurs du patrimoine qui devraient avoir à leur charge prioritaire non pas la reconstruction du bâtiment, comme cela semble être le cas à la cathédrale de Lausanne, mais son entretien à titre préventif. Dans le cas de la cathédrale de Lausanne, la fiction du "chantier permanent" a conduit, depuis une vingtaine d'années à la reconstruction de parties entières de l'édifice, au mépris des chartes internationales et de l'éthique de la conservation. Ainsi, la remise à neuf des arcs-boutants du côté sud de la nef ne me semblait pas se justifier cependant, elle a malgré tout conduit au démontage d'éléments historiques.

En y faisant le tour avec plus d'insistance, il m'est apparu que plusieurs parties du vénérable édifice sont complètement neuves: la tour-lanterne pour les deux-tiers, les deux tourelles d'escalier Nord et Sud, tous les arcs-boutants actuellement visibles, les contreforts ainsi qu'une grande portion de la façade du transept Sud. La "valeur d'ancienneté" de la cathédrale de Lausanne, au sens d'A. Riegl, a été complètement détruite par ces interventions radicales, au point d'ailleurs de faire passer les parties authentiques pour des taches dans l'édifice. Ainsi, le bâtiment qui se présente aujourd'hui à nous non seulement donne l'impression d'être entièrement refait à neuf, mais aussi de servir d'écrin aux seules pièces considérées comme majeures de cet édifice: la Porta picta et la Rose, traitées comme de véritables spolia opima. C'est le bâtiment tout entier qu'il faudrait entretenir et maintenir dans sa valeur d'ancienneté, pas seulement les parties les plus saillantes pour le tourisme!

Pierre Alain Mariaux
Professeur ordinaire d'histoire de l'art médiéval

Neuchâtel, le 22 juin 2007

La pétition


Dossier présenté au Conseil d'État le 20 août 2008 - Travaux d'entretien permanents imposés par l'édifice


Version augmentée, septembre 2008






Document à consulter:


  •   Terminologie de la conservation-restauration du patrimoine culturel matériel
      New Delhi, 22-26 Septembre 2008



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